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Regarts: Bonsoir, Jean Paul Audrain je suis très heureuse de vous accueillir. Vous interprétez Oscar Wilde dans « De profundis », mis en scène par Grégoire Couette Jourdain. Aviez-vous déjà travaillé ensemble ?
Jean Paul Audrain: Non jamais et ça s’est fait de façon fortuite et très rapide. À vrai dire je n’étais pas le comédien pressenti. Une partie du travail avait été faite avec un autre comédien qui s’est désisté pour des raisons qui le regardent. Grégoire un peu en catastrophe avec la production de La Luna se sont mis à chercher un comédien qui aurait pu le remplacer. La chance a fait que mon CV leur est tombé sous les yeux et je semblais avoir
un profil,
un physique qui d’emblée, pouvait coller, relativement aux choses que j’avais déjà faites et les gens avec qui j’avais travaillé. Donc rendez-vous a été pris et, même s’il était pressé, la rencontre s’est bien passée. Pourtant il m’a mis à l’épreuve dans des conditions difficiles : donner en lecture un texte comme celui là, un peu difficile, qui nécessite un investissement émotionnel et le faire au Café de la Gare !
Il m’a avoué ensuite qu’il faisait cela à chaque fois et m’a dit : « Si quelqu’un est capable de me donner de l’émotion au Café de la Gare, il y a des chances que ça puisse aller ».
Regarts: Un bon paradoxe, utile ?
Jean Paul Audrain: Voilà ! Ca s’est passé comme ça et le travail a été merveilleux avec Grégoire car il savait très bien ce qu’il voulait. En même temps, je n’étais pas en mesure d’accepter d’emblée ce qu’il souhaitait car je n’étais pas prêt. Il me fallait aller vers l’œuvre, la personnalité de Wilde, sa connaissance de l’homme et de son œuvre. Donc, j’avais toute une démarche à faire pour pouvoir être en mesure d’entendre et il a été patient.
Je
suis aussi exigent, je suis incapable d’apprendre quelque chose par cœur si je n’adhère pas. Et là, des choses me gênaient dans le texte, dans l’articulation du découpage …Parfois je résistais et Grégoire a accepté des modulations, des changements. Mais d’’autres fois, il est resté ferme sur ses positions et finalement, j’y suis venu. Tout ça s’est fait dans une grande complicité, mais aussi un très grand respect, une grande écoute. C’était la rencontre de deux personnalités qui
avaient des choses en commun, c’est évident mais avec chacun son histoire. De plus moi je ne suis pas tout jeune non plus, j’ai trente ans de métier, j’ai soixante ans bientôt…
Regarts: Vous avez accepté la démarche de votre metteur en scène au fur et à mesure car vous avez beaucoup de métier ou parce que vous l’avez comprise à l’intérieur de vous même ?
Jean Paul Audrain: On a eu des grands débats sur l’œuvre en elle-même, mais c’est tellement universel, qu’on a passé un long moment ensemble de préparation. On a parlé philosophie tous les soirs en dehors des répétitions .C’est la première fois que c’est une aussi grande aventure humaine en même temps qu’une aventure artistique et théâtre… Ah c’est un beau cadeau qu’il m’a fait ! Et il n’arrête pas de me dire merci tous les soirs ! Je lui dis
arrête de
me dire merci !
Comme dans ce film Welcome, Bilal le personnage dit toujours merci à Vincent Lindon qui lui répond : « Arrête de me dire merci ça devient chiant ! »
Regarts: Qu’est ce que vous utilisez comme matériaux personnels à travers ce que Grégoire vous a donné ?
Jean Paul Audrain: Parfois j’ai le sentiment de montrer davantage ma sensibilité, d’être plus vrai dans le jeu que dans la vie, où je serais plus pudique, mais en scène justement, ça me permet de lâcher ce qu’il y a de plus profond en moi par l’intermédiaire du masque du personnage. Quand j’ai joué Robespierre, on avait l’impression que j’étais Robespierre. J’essaie d’arriver à l’authenticité du personnage pour que les gens oublient
qu’ils sont
au théâtre.
Là, j’incarne un personnage qui est très loin de moi mais je vis des scènes admirables, ce qu’on appelle avec Grégoire, la scène d’amour, où du fin fond de sa prison, il dit « Je sais que ce qui me reste à faire, c’est de continuer à t’aimer » et « Tu vois combien je t’aime, toi qui connais autant la haine tu peux commencer à soupçonner ce qu’est l’amour ». Toute cette sensibilité, je la mets dans cette scène.
Je ne suis pas forcément sûr de dire des choses aussi belles dans ma propre vie.
Regarts: C’est difficile de le dire dans la vie, on ne nous prend pas au sérieux on pense qu’on joue !
Jean Paul Audrain: Grégoire, le metteur en scène disait : « On est obligé de se retrouver à un moment dans une confrontation à l’autre, mais confrontation ne veut pas dire combat ! Tu me renvoies des choses et je sens instinctivement en tant que metteur en scène que c’est là qu’il faut que j’aille et intellectuellement je me dis Mon Dieu mais comment je vais pouvoir gérer ce bestiau là ! »
C’est un certain concept ; on parle souvent de pile et de face, on oublie que ce sont les faces d’une seule pièce.
Moi je n’ai pas eu le sentiment d’être dirigé et en même temps, il m’a emmené car sa mise en scène était très rigoureuse et j’ai fait ce qu’il avait pensé, rêvé depuis le début, mais cela s’est fait presque naturellement. Sauf une fois. J’étais en proposition c’est moi qui lisais et qui posais des questions et mes propositions étaient reçues, il me disait toujours « tu l’as ! »
Regarts: Et effectivement il vous a conduit vers votre destin qui était de jouer Oscar Wilde sur scène.
Propos recueillis par Safia Bouadan
En savoir plus :
« De profundis », au théâtre des déchargeurs jusqu’au 2 mai
Puis Avignon, pour le festival et quelques dates en région centre
Rubrique Théâtre : De profundis
Interview de Grégoire Couette, metteur en scène
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