FESTIVAL FAITS DIVERS

Un festival d’hiver qui nous réchauffe par sa richesse créative, son originalité et son humanité !

Un « fait d’hiver » pas comme les autres s’est déroulé entre le 11 et le 23 janvier 2011 au Ciné 13 !... Mais qui sont ces personnes de toute génération et de toute culture qui se bousculent ainsi pour entrer coûte que coûte dans le théâtre niché en haut de Montmartre?  Le suspens est entier…Tout se déroule à l’intérieur : en effet, sur une idée concept imaginée par Benjamin Bellecour, des auteurs, metteurs en scène ont laissé libre court à leurs folies d’écritures qu’ils nous ont ainsi livrées sans pitié dans une danse frénétique et férocement humoristique parfois ! Certains en sont encore ébaubis ! La création personnelle des artistes vient d’une commande passée avec chacun des auteurs contemporains qui ont relevé le défi pour nous étourdir pendant deux  semaines. Les dix créations originales sont ainsi présentées sous une forme courte ou longue ,  œuvres de Salomé Lelouch, Frédéric Jessua, Laurent Ferraro, Alexandre Markoff, Régis Jauffrey, Paul Jeanson, Benjamin Bellecour, Pierre Antoine Durand, Alexis Michalik, Karine Granier-Defferre, Valéry Warnotte et Grégory Baquet.

En début de soirée, chaque jour du lundi au vendredi, le public a assisté à des lectures issues d’ateliers d’écritures autour de ce thème, assurées par Marie Eve Perron, Attica Guedj, Frédéric Galante Sara Giraudeau, Philippe Laudenbach, Rachel Arditi , Jean Paul Bordes. Autant de surprises !

Ainsi les évènements théâtraux filent pour notre grand plaisir  sous  nos yeux .. Deux pièces particulièrement bien ficelées ont retenu notre attention …

 

LE PORTEUR D'HISTOIRE écrit et mis en scène par Alexis Michalik

Malgré le froid et l’humidité régnant sur Paris ces samedis et dimanche 23, nombre de braves gens interrogés se souviennent encore du choc qu’ils ont reçu en découvrant Le porteur d’histoire d’Alexis Michalik –livret et mise en scène -soutenu dramatiquement par son excellente troupe , Magali Genoud, Amaury De Crayencour,Evelyne El Garby Klai, Éric Herson-Macarel,et Régis Vallée. Le fait divers  est la disparition de deux algériennes issues du village Sidi Ouzaoui, la mère âgée d’une trentaine d’années et sa fille , c’est alors comme un livre ouvert qu’on ne refermerait plus, telle la longue pellicule d’un film en noir et blanc.

Emportées pendant cinquante deux minutes par un vent romanesque, mémoires d’histoires et histoires de mémoires se conjuguent comme autant de récits, au passé comme au présent , portant en elles le sel de nos vies, celui  qui s’écoule dans le sablier du temps, celui de  l’histoire de nos sociétés . Non pas celle écrite par nos politiques ou nos militaires, mais celle de nos fictions personnelles, pleines d’émotions, de destins croisés, de vies et de morts déterrées, pleines de ces livres révélant ainsi des vérités sacrées. Non pas  celles de nos religions mais celles intimes et réelles de nos cœurs et de nos âmes, portées, voire transportées par nos ancêtres, abritées, camouflées, refoulées aux tréfonds de nous-mêmes, avec son cortège de secrets, de souffrances et de déracinements. Oui, l’auteur -metteur en scène Alexis Michalik nous offre ici une vision du fait divers particulièrement foisonnante telle une fontaine jaillissante dans le désert,  grâce à une écriture et une mise en scène déjà  mûres et intelligentes .C’est aussi un vrai voyage pour nos sens, soutenu dramatiquement par une musique riche et prenante .

Pour mieux comprendre …Quoi !... Alors, l’histoire, ce serait cela ?

 

Safia Bouadan

 

SARL FAITS DIVERS de Benjamin Bellecour et Pierre Antoine Durand, mis en scène par Benjamin Bellecour et Jonathan Cohen

 

Un autre évènement imprévu nous attend encore en toute fin de cette journée, venant clôturer le festival. Deux espions dont un apprenti criminel, déguisés aussi en postiers, font  irruption sur le plateau du Ciné 13 ! Ils sont  à la solde de deux dirigeants d’une Sarl qui commanditent des crimes pour servir les intérêts d’un parti politique en manipulant l’opinion. Ces affreux personnages ont ainsi pris en otage un public totalement paralysé par le rire. Un psychologue expérimentaliste fait alors irruption sur le plateau puis  parvient à s’infiltrer  dans la salle : il est chargé d influer sur nos consciences individuelle et collective présentant des sortes de cartes psycho-mnémoniques. La satire est violente et bourrée d’un humour explosif.On retrouve aussi dans le panel de ces personnages stéréotypant nos travers comportementaux, un suicidaire compulsif qui se rate tout le temps et qui perturbe sans vergogne la baignade de nos deux espions aux bonnets genre piscine municipale.Une jeune et hystérique randonneuse –cible parfaite  pour un crime à gros titre de journal – dans un retournement de situation va réussir à emporter l’amour du plus  violent et du plus aguerri de nos sbires… Le PDG de la boîte et ses Toc lui confèrent le prix du futur sacrifié exposé en place publique tandis que l’ambition froide et déterminée de sa complice sera récompensée par un renversement d’autorité virant à son avantage.

Cette peinture maîtrisée et très réussie de ces perversités sociales qui s’insinuent en nous individuellement au quotidien, reflète par son trait volontairement poussif, le drame de nos sociétés issues du monde moderne et déformées humainement. Tous sont excellents dans ce défi quasi criminel de nous malmener jusqu’à la fin : on s’en tordrait presque les boyaux.  

Notons que les rôles tous très bien campés sont assurés ici par Jonathan Cohen, Jean Michel Portal , Jean Toussiant Bernard,César Méric, Camille Cottin et Jeanne Arenes et citons Pierre Antoine Durand-PAD--auteur aussi de la composition musicale-.

Sarl Faits divers ? C’est corrosif, explosif, jouissif et on n’en sort pas indemne !

Avec ce  Festival d’Ecritures Contemporaines « Faits divers », voici un vrai vivier de talents aux univers tous plus fascinants les uns que les autres . Une question se pose donc à nous, pauvres spectateurs :Arrivera-t-on  à s’en remettre ?

Réponse en suivant de près les actualités du théâtre Ciné 13 -dirigé par Salomé Lelouch et Benjamin Bellecour -à la programmation décidément  très éclectique et peu banale!

 

Safia Bouadan