DE PROFUNDIS

Aux Ateliers d'Amphoux


Photo : François Joël

Derrière la douleur il y a la douleur…

Le 13  novembre 1895, Oscar Wilde écrit dans sa cellule .Il porte le numéro C33 et a été condamné par la bonne société anglaise pour atteinte aux bonnes mœurs et pour son homosexualité. Plus de deux longues années durant lesquelles il conte dans une correspondance poignante et très intime, tous les honneurs dont il a été déchu, ses déceptions, ses attentes  et son désespoir. Il apostrophe ainsi son ami et amant, qu’il a choyé sans relâche même dans ses périodes insupportables de déprime. Il interroge celui qui l’a lâché et qui  lui a dit laconiquement ces mots durs et sans tendresse : « Quand tu n’es pas sur ton piédestal, tu ne m’intéresses pas ».Cette phrase revient par ailleurs comme un leitmotiv dans la pièce.

           Le spectacle commence dans un décor fait de tapis sombre et enluminé d’une bougie rouge sang comme la couleur de la couverture posée en paletot sur le dos du prisonnier recroquevillé sur lui même, vieilli et perché sur un escabeau . Cette première scène est captée par une lumière tamisée  qui  par un jeu d’ombres aussi se transforme au gré des tourments et des miasmes du reclus. La force de la scénographie est dans la transformation symbolique et concrète des objets présents sur le plateau : le sable disposé en surface carré délimitant ainsi la cellule se transforme en  autant de vagues et de larmes de désespoir de l’auteur, lesquelles montent aussi au fur et à mesure du monologue. L’escabeau devient sous notre regard  une chaise de condamné;  la cape est devenue entre temps une couverture que le prisonnier plie soigneusement et qu’il repose avec les seuls pauvres objets qui lui restent et qui l’identifie dans son indigne et nouveau statut. Le plateau est quadrillé par ce tas de sable représentant celui bordant une mer qu’Oscar Wilde pense ne jamais revoir. Saluons ici le travail du créateur lumière, qui nous mène dans des ambiances telles qu’elles illustrent avec fidélité tous les troubles et les souffrances corporelles et évolutives de l’auteur, pris dans une torture ininterrompue de son âme.

 

Pendant plus d’une heure, Jean Paul Audrain, dans  une performance d’acteur peu commune,  nous porte  vers l’émotion et le drame intime qui se joue dans l’esprit et le corps d’Oscar Wilde. Ce monologue des plus poignants est ici mis en scène par un metteur en scène de réelle qualité, Grégoire Couette Jourdain, qui avec subtilité et justesse, rend justice à l’auteur. Le public est fasciné de se retrouver ainsi l’espace d’un soir au banc des jurés…A ne pas manquer…-

 

Safia Bouadan

 

voir l'interview de Grégoire Couette Joudain